1767

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Comment en suis-je venu là ? Car j’étois bien loin de cette disposition paisible au premier soupçon du complot dont j’étois enlacé depuis longtems sans m’en être aucunement apperçu. Cette decouverte nouvelle me bouleversa. L’infamie et la trahison me surprirent au dépourvu. Quelle ame honnête est préparée à de tels genres de peines, il faudroit les mériter pour les prévoir. Je tombai dans tous les pieges qu’on creusa sous mes pas, l’indignation, la fureur, le délire s’emparerent de moi, je perdis la tramontane, ma tête se bouleversa, et dans les ténébres horribles où l’on n’a cessé de me tenir plongé je n’apperçus plus ni lueur pour me conduire, ni appui, ni prise où je pusse me tenir ferme et resister au desespoir qui m’entrainoit. Comment vivre heureux et tranquille dans cet état affreux? J’y suis pourtant encore et plus enfoncé que jamais,et j’y ai retrouvé le calme et la paix et j’y vis heureux et tranquille et j’y ris des incroyables tourmens que mes persecuteurs se donnent sans cesse tandis que je reste en paix, occupé de fleurs, d’etamines et d’enfantillages et que je ne songe pas même à eux.

Wootton, 1767 — Wootton, 22 juillet 1997. Les Rêveries du promeneur solitaire, Huitième Promenade

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