1744, juillet. Le débarcadère


J’ai parlé de Made de Larnage dans les transports que son souvenir me rend quelquefois encore ; mais qu’elle étoit vieille et laide et froide auprès de ma Zulietta ! Ne tâchez pas d’imaginer les charmes et les graces de cette fille enchanteresse ; vous resteriez trop loin de la vérité. Les jeunes vierges des cloitres sont moins fraiches, les beautés du serrail sont moins vives, les Houris du Paradis sont moins piquantes. Jamais si douce jouissance ne s’offrit au cœur et aux sens d’un mortel. Ah du moins, si je l’avois su goûter pleine et entiére un seul moment ! ……. Je la goutai, mais sans charme. J’en émoussai toutes les délices, je les tuai comme à plaisir. Non, la nature ne m’a point fait pour jouir. Elle a mis dans ma mauvaise tête le poison de ce bonheur inéfable, dont elle a mis l’appetit dans mon cœur.

Venise, juillet 1744 — Venise, 7 juillet 1997. Les Confessions, Livre septième

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