1729, février. Mademoiselle de Breil


Ce moment fut court, mais délicieux à tous égards. Ce fut un de ces momens trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel et vengent le mérite avili des outrages de la fortune. Quelques minutes après, Mlle de Breil levant derechef les yeux sur moi me pria d’un ton de voix aussi timide qu’affable de lui donner à boire. On juge que je ne la fis pas attendre, mais en approchant je fus saisi d’un tel tremblement qu’ayant trop rempli le verre je répandis une partie de l’eau sur l’assiete et même sur elle. Son frére me demanda étourdiment pourquoi je tremblois si fort. Cette question ne servit pas à me rassurer, et Mlle de Breil rougit jusqu’au blanc des yeux. Ici finit le roman ; où l’on remarquera, comme avec Made Basile et dans toute la suite de ma vie que je ne suis pas heureux dans la conclusion de mes amours.

Turin, février 1729 — Turin, 9 juillet 1998. Les Confessions, Livre troisième

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