A ces amusemens, j’en joignois un qui me rappelloit la douce vie des Charmettes, et auquel la saison m’invitoit particuliérement. C’étoit un détail de soins rustiques pour la recolte des legumes et des fruits, et que nous nous faisions un plaisir Therese et moi de partager avec la Receveuse et sa famille. Je me souviens qu’un Bernois nommé M. Kirkebergher m’étant venu voir, me trouva perché sur un grand arbre, un sac attaché autour de ma ceinture et déja si plein de pommes que je ne pouvois plus me remuer. Je ne fus pas fâché de cette rencontre et de quelques autres pareilles. J’esperois que les Bernois, témoins de l’emploi de mes loisirs, ne songeroient plus à en troubler la tranquillité et me laisseroient en paix dans ma solitude. J’aurois bien mieux aimé y être confiné par leur volonté que par la mienne : j’aurois été plus assuré de n’y point voir troubler mon repos.

Île de Saint-Pierre, octobre 1765 — Environs de Montmorency, 13 octobre 1997. Les Confessions, Livre douzième

Mots clés :