1756, été. Quai J.-J. Rousseau à Clarens


Il me falloit cependant un lac, et je finis par choisir celui autour duquel mon cœur n’a jamais cessé d’errer. Je me fixai sur la partie des bords de ce lac à laquelle depuis longtems mes vœux ont placé ma residence dans le bonheur imaginaire auquel le sort m’a borné. Le lieu natal de ma pauvre maman avoit encore pour moi un attrait de prédilexion. Le contraste des positions, la richesse et la variété des sites, la magnificence, la majesté de l’ensemble qui ravit les sens, émeut le cœur, élève l’ame, achevérent de me déterminer, et j’établis à Vevai mes jeunes pupilles. Voila tout ce que j’imaginai du prémier bond ; le reste n’y fut ajoûté que dans la suite.

L’Ermitage, été 1756 — Clarens, quai J.-J. Rousseau, 22 août 1997. Les Confessions, Livre neuvième