1730, 1er juillet 1730. L’idylle de Thônes


Le doux souvenir de cette journée ne coûtoit rien à ces aimables filles; la tendre union qui régnoit entre nous trois valloit des plaisirs plus vifs et n’eut pu subsister avec eux : nous nous aimions sans mistére et sans honte, et nous voulions nous aimer toujours ainsi. L’innocence des mœurs a sa volupté qui vaut bien l’autre, parce qu’elle n’a point d’intervalle et qu’elle agit continuellement. Pour moi je sais que la mémoire d’un si beau jour me touche plus, me charme plus, me revient plus au cœur que celle d’aucuns plaisirs que j’aye goutés en ma vie. Je ne savois pas trop bien ce que je voulois à ces deux charmantes personnes, mais elles m’intéressoient beaucoup toutes deux.

Thônes, 1er juillet 1730 — Région d’Annecy, 7 juin 1998. Les Confessions, Livre quatrième

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