
Tout cela n’empêchoit pas qu’à les entendre je ne dusse être très reconnoissant de l’extrême grace qu’ils me faisoient de me laisser vivre à Motiers, où ils n’avoient aucune autorité; ils m’auroient volontiers mesuré l’air à la pinte, à condition que je l’eusse payé bien cher. Ils vouloient que je leur fusse obligé de la protection que le Roi m’accordoit malgré eux, et qu’ils travailloient sans relâche à m’ôter. Enfin n’y pouvant reussir, après m’avoir fait tout le tort qu’ils purent, et m’avoir décrié de tout leur pouvoir, ils se firent un mérite de leur impuissance, en me faisant valoir la bonté qu’ils avoient de me souffrir dans leur pays.
Môtiers, 1762 — Môtiers, 12 août 1997. Les Confessions, Livre douzième