Montmorency

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Ce lieu solitaire et très agréable m’avoit frappé quand je le vis pour la prémiére fois avant mon voyage de Genève. Il m’étoit échappé de dire dans mon transport. Ah, Madame, quelle habitation délicieuse! voila un azyle tout fait pour moi. Made d’Epinay ne releva pas beaucoup mon discours; mais à ce second voyage je fus tout surpris de trouver au lieu de la vieille masure, une petite maison presque entiérement neuve fort bien distribuée et très logeable pour un petit menage de trois personnes. Made d’Epinay avoit fait faire cet ouvrage en silence et à très peu de frais, en détachant quelques matériaux et quelques ouvriers de ceux du Château. Au second voyage elle me dit en voyant ma surprise : mon Ours, voila vôtre azyle; c’est vous qui l’avez choisi; c’est l’amitié qui vous l’offre; j’espére qu’elle vous ôtera la cruelle idée de vous éloigner de moi.

Montmorency, septembre 1755 — Montmorency, 20 juin 1998. Les Confessions, Livre huitième

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Ce fut le 9 Avril 1756 que je quittai la Ville pour n’y plus habiter ; car je ne compte pas pour habitation quelques courts séjours que j’ai faits depuis tant à Paris qu’à Londres et dans d’autres villes mais toujours de passage ou toujours malgré moi. Made d’Epinay vint nous prendre tous trois dans son carrosse; son fermier vint charger mon petit bagage, et je fus installé dès le même jour. Je trouvai ma petite retraite arrangée et meublée simplement, mais proprement et même avec gout. La main qui avoit donné ses soins à cet ameublement le rendoit à mes yeux d’un prix inestimable, et je trouvois délicieux d’être l’hôte de mon amie dans une maison de mon choix qu’elle avoit bâtie exprès pour moi.

Montmorency, 9 avril 1756 — Montmorency, 9 avril 1998. Les Confessions, Livre neuvième

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Au fond de ce jardin étoit un assez grand taillis par où nous fumes chercher un joli bosquet orné d’une cascade dont je lui avois donné l’idée et qu’elle avoit fait éxécuter. Souvenir immortel d’innocence et de jouissance ! Ce fut dans ce bosquet qu’assis avec elle sur un banc de gason sous un Acacia tout chargé de fleurs, je trouvai pour rendre les mouvemens de mon cœur un langage vraiment digne d’eux. Ce fut la prémiére et l’unique fois de ma vie; mais je fus sublime, si l’on peut nommer ainsi tout ce que l’amour le plus tendre et le plus ardent peut porter d’aimable et de séduisant dans un cœur d’homme. Que d’enivrantes larmes je versai sur ses genoux !

Eaubonne, juin 1757 — Région de Montmorency, 28 juin 1998. Les Confessions, Livre neuvième

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En quelque étude que ce puisse être, sans l’idée des choses représentées les signes réprésentans ne sont rien. On borne pourtant toujours l’enfant à ces signes sans jamais pouvoir lui faire comprendre aucune des choses qu’ils réprésentent. En pensant lui apprendre la description de la terre on ne lui apprend qu’à connoitre des cartes : on lui apprend des noms de villes, de pays, de riviéres qu’il ne conçoit pas exister ailleurs que sur le papier où l’on les lui montre. Je me souviens d’avoir vû quelque part une géographie qui commençoit ainsi : Qu’est-ce que le monde ? C’est un globe de carton. Telle est précisément la géographie des enfans.

Montmorency, 1761 — Montmorency, 9 juin 1998. Émile, livre II

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Ce qui me rendit les femmes si favorables fut la persuasion où elles furent que j’avois écrit ma propre histoire et que j’étois moi-même le Heros de ce roman. Cette croyance étoit si bien établie que Made de Polignac écrivit à Made de Verdelin pour la prier de m’engager à lui laisser voir le portrait de Julie. Tout le monde étoit persuadé qu’on ne pouvoit exprimer si vivement des sentimens qu’on n’auroit point éprouvés, ni peindre ainsi les transports de l’amour que d’apprès son propre cœur. En cela l’on avoit raison et il est certain que j’écrivis ce roman dans les plus brulantes extases ; mais on se trompoit en pensant qu’il avoit fallu des objets réels pour les produire ; on étoit loin de concevoir à quel point je puis m’enflammer pour des êtres imaginaires.

Montmorency, 1761 — Londres, 23 juillet 1997. Les Confessions, Livre onzième

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Les langues sont faites pour être parlées, l’écriture ne sert que de supplément à la parole; s’il y a quelques langues qui ne soient qu’écrites et qu’on ne puisse parler, propres seulement aux sciences, elles ne sont d’aucun usage dans la vie civile. Telle est l’algébre, telle eut été sans doute la langue universelle que cherchoit Leibnitz. Elle eut probablement été plus comode à un Métaphysicien qu’à un Artisan. Le plus grand usage d’une langue étant donc dans la parole, le plus grand soin des Grammairiens devroit être d’en bien déterminer les modifications, mais au contraire ils ne s’occupent presque uniquement que de l’écriture. Plus l’art d’écrire se perfectionne plus celui de parler est négligé.

Montmorency, 1761 — Paris, mars 2000. Fragment sur la Prononciation

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Entre La Barre et Montmorenci je rencontrai dans un carrosse de remise quatre hommes en noir qui me saluerent en souriant. Sur ce que Therese m’a rapporté dans la suite de la figure des Huissiers, de l’heure de leur arrivée, et de la façon dont ils se comportérent, je n’ai point douté que ce ne fussent eux ; surtout ayant appris dans la suite qu’au lieu d’être decreté à sept heures comme on me l’avoit annoncé, je ne l’avois été qu’à midy. Il fallut traverser tout Paris. On n’est pas fort caché dans un cabriolet tout ouvert. Je vis dans les rues plusieurs personnes qui me saluerent d’un air de connoissance, mais je n’en reconnus aucun.

Montmorency, 9 juin 1762 — Montmorency, 9 juin 1998. Les Confessions, Livre onzième

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