Môtiers

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Une entre autres appellée Isabelle d’Ivernois, fille du Procureur General de Neufchâtel me parut assez estimable pour me lier avec elle d’une amitié particuliére, dont elle ne s’est pas mal trouvée, par les conseils utiles que je lui ai donnés, et par les soins que je lui ai rendus dans des occasions essencielles, de sorte que maintenant, digne et vertueuse mere de famille, elle me doit peut-être sa raison, son mari, sa vie et son bonheur. De mon côté je lui dois des consolations très douces, et surtout durant un bien triste hiver où dans le fort de mes maux et de mes peines elle venoit passer avec Therese et moi de longues soirées qu’elle savoit nous rendre bien courtes par l’agrément de son esprit et par les mutuels épanchemens de nos cœurs. Elle m’appelloit son papa, je l’appellois ma fille, et ces noms que nous nous donnons encore ne cesseront point, je l’espere de lui être aussi chers qu’à moi. Pour rendre mes lacets bons à quelque chose j’en faisois présent à mes jeunes amies à leur mariage à condition qu’elles nourriroient leurs enfans […].

Môtiers, septembre 1762 — Grenoble, 19 septembre 1999. Les Confessions, Livre douzième

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Tout cela n’empêchoit pas qu’à les entendre je ne dusse être très reconnoissant de l’extrême grace qu’ils me faisoient de me laisser vivre à Motiers, où ils n’avoient aucune autorité; ils m’auroient volontiers mesuré l’air à la pinte, à condition que je l’eusse payé bien cher. Ils vouloient que je leur fusse obligé de la protection que le Roi m’accordoit malgré eux, et qu’ils travailloient sans relâche à m’ôter. Enfin n’y pouvant reussir, après m’avoir fait tout le tort qu’ils purent, et m’avoir décrié de tout leur pouvoir, ils se firent un mérite de leur impuissance, en me faisant valoir la bonté qu’ils avoient de me souffrir dans leur pays.

Môtiers, 1762 — Môtiers, 12 août 1997. Les Confessions, Livre douzième

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J’ai vis-à-vis de mes fenêtres une superbe cascade qui du haut de la montagne tombe par l’escarpement d’un rocher dans le vallon avec un bruit qui se fait entendre au loin, surtout quand les eaux sont grandes. Cette cascade est très en vue, mais ce qui ne l’est pas de même est une grotte à côté de son bassin, de laquelle l’entrée est difficile, mais qu’on trouve au-dedans assez espacée, éclairée par une fenêtre naturelle, cintrée en tiers-point, et décorée d’un ordre d’architecture qui n’est ni toscan ni dorique, mais l’ordre de la nature qui sait mettre des proportions et de l’harmonie dans ses ouvrages les moins réguliers.

Môtiers, 28 janvier 1763 — Môtiers, 12 août 1997. Lettres au Maréchal de Luxembourg

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Tandis que je me pavannois dans cette idée j’entendis peu loin de moi un certain cliquetis que je crus reconnoitre ; j’écoute : le même bruit se repete et se multiplie. Surpris et curieux je me léve, je perce à travers un fourré de broussaille du coté d’où venoit le bruit, et dans une combe à vingt pas du lieu même où je croyois être parvenu le prémier j’apperçois une manufacture de bas. Je ne saurois exprimer l’agitation confuse et contradictoire que je sentis dans mon cœur à cette découverte. Mon prémier mouvement fut un sentiment de joye de me retrouver parmi des humains où je m’étois cru totalement seul. Mais ce mouvement plus rapide que l’éclair fit bientot place à un sentiment douloureux plus durable, comme ne pouvant dans les antres même des alpes échaper aux cruelles mains des hommes, acharnés à me tourmenter.

Val-de-Travers, 1765 — Val-de-Travers, 8 juillet 1999. Les Rêveries du promeneur solitaire,Septième Promenade

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Je fus prêché en chaire, nommé l’antechrist, et poursuivi dans la campagne comme un Loup-garou. Mon habit d’Armenien servoit de renseignement à la populace; j’en sentois cruellement l’inconvenient; mais le quitter dans ces circonstances me sembloit une lâcheté. Je ne pus m’y résoudre, et je me promenois tranquillement dans le pays avec mon caffetan et mon bonnet fourré entouré des huées de la canaille et quelquefois de ses cailloux. Plusieurs fois en passant devant des maisons, j’entendois dire à ceux qui les habitoient : apportez-moi mon fusil, que je lui tire dessus. Je n’en allois pas plus vîte ; ils n’en étoient que plus furieux ; mais ils s’en tinrent toujours aux menaces ; du moins pour l’article des armes à feu.

Môtiers, septembre 1765 — Môtiers, 17 août 1997. Les Confessions, Livre douzième

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