Paris

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J’y allai, cependant, plus rarement et j’aurois cessé d’y aller tout-à-fait, si par un autre caprice imprévu Made Dupin ne m’avoit fait prier de veiller pendant huit ou dix jours à son fils, qui, changeant de Gouverneur, restoit seul durant cet intervalle. Je passai ces huit jours dans un supplice que le plaisir d’obéir à Made Dupin pouvoit seul me rendre souffrable : car le pauvre Chenonceaux avoit dès lors cette mauvaise tête qui a failli deshonorer sa famille, et qui l’a fait mourir à l’Ile de Bourbon. Pendant que je fus auprès de lui je l’empéchai de faire du mal à lui-même ou à d’autres, et voila tout : encore ne fut-ce pas une médiocre peine, et je ne m’en serois pas chargé huit autre jours de plus, quand Made Dupin se seroit donnée à moi pour récompense.

Paris, mai 1743 — Paris, 29 mai 1999. Les Confessions, Livre septième

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Ce sage de cœur ainsi que de tête se connoissoit en hommes et fut mon ami. C’est toute ma reponse à quiconque ne l’est pas. Nous nous liames si bien que nous fimes le projet de passer nos jours ensemble. Je devois dans quelques années aller à Ascoytia pour vivre avec lui dans sa terre. Toutes les parties de ce projet furent arrangées entre nous la veille de son départ. Il n’y manqua que ce qui ne dépend pas des hommes dans les projets les mieux concertés. Les évenemens postérieurs, mes desastres, son mariage, sa mort enfin nous ont séparés pour toujours. On diroit qu’il n’y a que les noirs complots des méchans qui reussissent : les projets innocens des bons n’ont presque jamais d’accomplissement.
Paris, mars 1745 — Paris, rue St-Honoré, 28 juin 1999. Les Confessions, Livre septième

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Il falloit que la douceur de la vie privée et domestique me dédomageât du sort brillant auquel je renonçois. Quand j’étois absolument seul mon cœur étoit vide, mais il n’en falloit qu’un pour le remplir. Le sort m’avoit ôté, m’avoit aliéné du moins en partie, celui pour lequel la nature m’avoit fait. Dès lors j’étois seul, car il n’y eut jamais pour moi d’intermédiaire entre tout et rien. Je trouvois dans Therese le supplement dont j’avois besoin ; par elle je vécus heureux autant que je pouvois l’être selon le cours des événemens.

Paris, mars 1745 — Paris, 29 juin 1998. Les Confessions, Livre septième

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Le jeudi 24 Octobre 1776 je suivis après diner les boulevards jusqu’à la rue du chemin-verd par laquelle je gagnai les hauteurs de Menil-montant, et de là prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversai jusqu’à Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages, puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin. Je m’amusois à les parcourir avec ce plaisir et cet intérest que m’ont toujours donné les sites agréables, et m’arrêtant quelques fois à fixer des plantes dans la verdure. J’en apperçus deux que je voyois assez rarement autour de Paris et que je trouvai très abondantes dans ce canton-là. L’une est la Picris hieracioides de la famille des composées, et l’autre le Bupleurum falcatum de celle des ombelliféres.

Paris, 24 octobre 1776 — Région parisienne, 19 octobre 1997. Les Rêveries du promeneur solitaire, Deuxième Promenade

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Depuis quelques jours on avoit achevé la vendange ; les promeneurs de la ville s’étoient déja retirés ; les paysans aussi quittoient les champs jusques aux travaux d’hiver. La campagne encor verte et riante, mais défeuillée en partie et déja presque deserte, offroit par tout l’image de la solitude et des approches de l’hiver. Il resultoit de son aspect un mélange d’impression douce et triste trop analogue à mon age et à mon sort pour que je ne m’en fisse pas l’application.

Paris, 24 octobre 1776 — Paris, 27 octobre 1997. Les Rêveries  du promeneur solitaire, Deuxième Promenade

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J’étois sur les six heures à la descente de Menilmontant presque vis-à-vis du galant jardinier, quand des personnes qui marchoient devant moi s’étant tout à coup brusquement écartées je vis fondre sur moi un gros chien danois qui s’élançant à toutes jambes devant un carrosse n’eut pas même le tems de retenir sa course ou de se détourner quand il m’apperçut. Je jugeai que le seul moyen que j’avois d’éviter d’étre jetté par terre étoit de faire un grand saut si juste que le chien passât sous moi tandis que je serois en l’air.

Paris, 24 octobre 1776 — Paris, 29 juin 1998. Les Rêveries du promeneur solitaire, Deuxième Promenade

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Je ne sentis ni le coup, ni la chute, ni rien de ce qui s’ensuivit jusqu’au moment où je revins à moi. Il étoit presque nuit quand je repris connoissance. Je me trouvai entre les bras de trois ou quatre jeunes gens qui me racontérent ce qui venoit de m’arriver. Le Chien danois n’ayant pu retenir son élan s’étoit précipité sur mes deux jambes et me choquant de sa masse et de sa vitesse m’avoit fait tomber la tête en avant : la machoire supérieure portant tout le poids de mon corps avoit frappé sur un pavé très raboteux, et la chute avoit été d’autant plus violente qu’étant à la descente, ma tête avoit donné plus bas que mes pieds.

Paris, 24 octobre 1776 — Paris, 10 mai 1998. Les Rêveries du promeneur solitaire, Deuxième Promenade

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La nuit s’avançoit. J’apperçus le ciel, quelques étoiles, et un peu de verdure. Cette prémiére sensation fut un moment délicieux. Je ne me sentois encor que par là. Je naissois dans cet instant à la vie, et il me sembloit que je remplissois de ma legere existence tous les  objets que j’appercevois. Tout entier au moment présent je ne me souvenois de rien ; je n’avois nulle notion distincte de mon individu, pas la moindre idée de ce qui venoit de m’arriver ; je ne savois ni qui j’étois ni où j’étois; je ne sentois ni mal, ni crainte, ni inquietude. Je voyois couler mon sang comme j’aurois vu couler un ruisseau, sans songer seulement que ce sang m’appartint en aucune sorte. Je sentois dans tout mon être un calme ravissant auquel chaque fois que je me le rappelle je ne trouve rien de comparable dans toute l’activité des plaisirs connus.

Paris, 24 octobre 1776 — Paris, carrefour Oberkampf/Saint-Maur, 24 octobre 1997. Les Rêveries du promeneur solitaire, Deuxième Promenade

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Les cris de ma femme en me voyant me firent comprendre que j’étois plus maltraité que je ne pensois. Je passai la nuit sans connoitre encore et sentir mon mal. Voici ce que je sentis et trouvai le lendemain. J’avois là lévre supérieure fendue en dedans jusqu’au nés, en dehors la peau l’avoit mieux garantie et empéchoit la totale separation, quatre dents enfoncées à la machoire supérieure, toute la partie du visage qui la couvre extrémement enflée et meurtrie, le pouce droit foulé et très gros, le pouce gauche griévement blessé, le bras gauche foulé, le genou gauche aussi trés enflé et qu’une contusion forte et douloureuse empêchoit totalement de pliér. Mais avec tout ce fracas rien de brisé, pas même une dent, bonheur qui tient du prodige dans une chute comme celle-là. Voila très fidellement l’histoire de mon accident.

Paris, 24 octobre 1776 — Paris, 20 février 2000. Les Rêveries du promeneur solitaire, Deuxième Promenade

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