Turin

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C’est peut-être pour cela même que l’image de cette aimable femme est restée empreinte au fond de mon cœur en trais si charmans. Elle s’y est même embellie à mesure que j’ai mieux connu le monde et les femmes. Pour peu qu’elle eut eu d’expérience, elle s’y fut prise autrement pour animer un petit garçon : mais si son cœur étoit foible il étoit honnête ; elle cédoit involontairement au penchant qui l’entraînoit ; c’étoit selon toute apparence sa prémiére infidélité, et j’aurois peutêtre eu plus à faire à vaincre sa honte que la mienne. Sans en être venu là j’ai goûté près d’elle des douceurs inexprimables. Rien de tout ce qui m’a fait sentir la possession des femmes ne vaut les deux minutes que j’ai passées à ses pieds sans même oser toucher à sa robe.

Turin, juin 1728 — Paris, rue de Rivoli, 11 juin 1998. Les Confessions, p. 76.

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Jamais la méchanceté ne fut plus loin de moi que dans ce cruel moment, et lorsque je chargeai cette malheureuse fille, il est bizarre mais il est vrai que mon amitié pour elle en fut la cause. Elle étoit présente à ma pensée, je m’excusai sur le prémier objet qui s’offrit. Je l’accusai d’avoir fait ce que je voulois faire et de m’avoir donné le ruban parce que mon intention étoit de le lui donner.

Turin, 1728 — Haute Maurienne, 6 juillet 1998. Les Confessions, Livre second

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On étoit en été; nous nous levames à la pointe du jour. Il me mena hors de la ville, sur une haute colline au dessous de laquelle passoit le Pô, dont on voyoit le cours à travers les fertiles rives qu’il baigne. Dans l’éloignement, l’immense chaîne des Alpes couronoit le paysage. Les rayons du soleil levant rasoient déja les plaines, et projettant sur les champs par longues ombres les arbres, les côteaux, les maisons, enrichis soient de mille accidens de lumiére le plus beau tableau dont l’œil humain puisse être frapé. On eut dit que la nature étaloit à nos yeux toute sa magnificence pour en offrir le texte à nos entretiens. Ce fut-là, qu’après avoir quelque tems contemplé ces objets en silence, l’homme de paix me parla ainsi.

Turin, juillet 1728 — Turin, Monte dei Cappuccini, 9 juillet 1998. Émile, Livre IV

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Ce moment fut court, mais délicieux à tous égards. Ce fut un de ces momens trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel et vengent le mérite avili des outrages de la fortune. Quelques minutes après, Mlle de Breil levant derechef les yeux sur moi me pria d’un ton de voix aussi timide qu’affable de lui donner à boire. On juge que je ne la fis pas attendre, mais en approchant je fus saisi d’un tel tremblement qu’ayant trop rempli le verre je répandis une partie de l’eau sur l’assiete et même sur elle. Son frére me demanda étourdiment pourquoi je tremblois si fort. Cette question ne servit pas à me rassurer, et Mlle de Breil rougit jusqu’au blanc des yeux. Ici finit le roman ; où l’on remarquera, comme avec Made Basile et dans toute la suite de ma vie que je ne suis pas heureux dans la conclusion de mes amours.

Turin, février 1729 — Turin, 9 juillet 1998. Les Confessions, Livre troisième

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