Venise

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Je vis Milan, Verone, Bresse, Padoue, et j’arrivai enfin à Venise impatiemment attendu par M. l’Ambassadeur. Je trouvai des tas de Dépêches tant de la Cour que des autres Ambassadeurs, dont il n’avoit pu lire ce qui étoit chiffré, quoiqu’il eut tous les chiffres necessaires pour cela. N’ayant jamais travaillé dans aucun Bureau ni vu de ma vie un chiffre de Ministre, je craignis d’abord d’être embarrassé, mais je trouvai que rien n’étoit plus simple et en moins de huit jours j’eus déchiffré le tout qui assurément n’en valoit pas la peine car outre que l’Ambassade de Venise est toujours assez oisive, ce n’étoit pas à un pareil homme qu’on eut voulu confier la moindre négociation. Il s’étoit trouvé dans un grand embarras jusqu’à mon arrivée ne sachant ni dicter, ni ecrire lisiblement. Je lui étois très utile, il le sentoit et me traita bien.

Venise, septembre 1743 — Venise, 5 juillet 1997. Les Confessions, Livre septième

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En écoutant des barcarolles je trouvois que je n’avois pas oui chanter jusqu’alors, et bientot je m’engouai tellement de l’opera, qu’ennuyé de babiller, manger et jouer dans les loges quand je n’aurois voulu qu’écouter, je me dérobois souvent à la compagnie pour aller d’un autre côté. Là tout seul enfermé dans ma loge, je me livrois malgré la longueur du Spectacle au plaisir d’en jouir à mon aise et jusqu’à la fin. Un jour au theatre de St. Chrysostome je m’endormis et bien plus profondément que je n’aurois fait dans mon lit. Les airs bruyans et brillans ne me réveillérent point. Mais qui pourroit exprimer la sensation délicieuse que me firent la douce harmonie et les chants angéliques de celui qui me réveilla. Quel réveil! Quel ravissement! quelle extase, quand j’ouvris au même instant les oreilles et les yeux ! Ma prémiére idée fut de me croire en Paradis.

Venise, 1743 — Venise, 6 juillet 1997. Les Confessions, Livre septième

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J’ai parlé de Made de Larnage dans les transports que son souvenir me rend quelquefois encore ; mais qu’elle étoit vieille et laide et froide auprès de ma Zulietta ! Ne tâchez pas d’imaginer les charmes et les graces de cette fille enchanteresse ; vous resteriez trop loin de la vérité. Les jeunes vierges des cloitres sont moins fraiches, les beautés du serrail sont moins vives, les Houris du Paradis sont moins piquantes. Jamais si douce jouissance ne s’offrit au cœur et aux sens d’un mortel. Ah du moins, si je l’avois su goûter pleine et entiére un seul moment ! ……. Je la goutai, mais sans charme. J’en émoussai toutes les délices, je les tuai comme à plaisir. Non, la nature ne m’a point fait pour jouir. Elle a mis dans ma mauvaise tête le poison de ce bonheur inéfable, dont elle a mis l’appetit dans mon cœur.

Venise, juillet 1744 — Venise, 7 juillet 1997. Les Confessions, Livre septième

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Je poussai la stupidité jusqu’à lui parler de ce téton borgne. Elle prit d’abord la chose en plaisantant, et dans son humeur folâtre dit et fit des choses à me faire mourir d’amour. Mais gardant un fond d’inquiétude que je ne pus lui cacher, je la vis enfin rougir, se rajuster, se redresser, et sans dire un seul mot s’aller mettre à sa fenêtre. Je voulus m’y mettre à côté d’elle; elle s’en ôta, fut s’asseoir sur un lit de repos, se leva le moment d’après, et se promenant par la chambre en s’éventant, me dit d’un ton froid et dédaigneux : Zanetto, lascia le Donne, e studia la matematica.

Venise, juillet 1744 — Venise, 5 juillet 1997. Les Confessions, Livre septième

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