{"id":101,"date":"2012-01-22T21:42:56","date_gmt":"2012-01-22T20:42:56","guid":{"rendered":"http:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=101"},"modified":"2012-03-04T19:28:59","modified_gmt":"2012-03-04T18:28:59","slug":"sentier-du-promeneur-solitaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=101","title":{"rendered":"Sentier du promeneur solitaire"},"content":{"rendered":"<p><strong>Propositions de textes pour les performances <span style=\"text-decoration: underline;\">Sentier du promeneur solitaire<\/span><\/strong><\/p>\n<h4>Apr\u00e8s le souper, quand la soir\u00e9e \u00e9tait belle, nous allions encore tous ensemble faire quelque tour de promenade sur la terrasse pour y respirer l&rsquo;air du lac et la fra\u00eecheur. On se reposait dans le pavillon, on riait, on causait on chantait quelque vieille chanson qui valait bien le tortillage moderne, et enfin l&rsquo;on s&rsquo;allait coucher content de sa journ\u00e9e et n&rsquo;en d\u00e9sirant qu&rsquo;une semblable pour le lendemain.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nTelle est, laissant \u00e0 part les visites impr\u00e9vues et importunes, la mani\u00e8re dont j&rsquo;ai pass\u00e9 mon temps dans cette \u00eele durant le s\u00e9jour que j&rsquo;y ai fait Qu&rsquo;on me dise \u00e0 pr\u00e9sent ce qu&rsquo;il y a l\u00e0 d&rsquo;assez attrayant pour exciter dans mon coeur des regrets si vifs, si tendres et si durables qu&rsquo;au bout de quinze ans il m&rsquo;est impossible de songer \u00e0 cette habitation ch\u00e9rie sans m&rsquo;y sentir \u00e0 chaque fois transport\u00e9 encore par les \u00e9lans du d\u00e9sir. <span style=\"color: #ff0000;\">J&rsquo;ai remarqu\u00e9 dans les vicissitudes d&rsquo;une longue vie que les \u00e9poques des plus douces jouissances et des plaisirs les plus vifs ne sont pourtant pas celles dont le souvenir m&rsquo;attire et me touche le plus. Ces courts moments de d\u00e9lire et de passion, quelque vifs qu&rsquo;ils puissent \u00eatre, ne sont cependant, et par leur vivacit\u00e9 m\u00eame, que des points bien clairsem\u00e9s dans la ligne de la vie. Ils sont trop rares et trop rapides pour constituer un \u00e9tat, et le bonheur que mon c\u0153ur regrette n&rsquo;est point compos\u00e9 d&rsquo;instants fugitifs mais un \u00e9tat simple et permanent, qui n&rsquo;a rien de vif en lui-m\u00eame, mais dont la dur\u00e9e accro\u00eet le charme au point d&rsquo;y trouver enfin la supr\u00eame f\u00e9licit\u00e9. Tout est dans un flux continuel sur la terre : rien n&rsquo;y garde une forme constante et arr\u00eat\u00e9e, et nos affections qui s&rsquo;attachent aux choses ext\u00e9rieures passent et changent n\u00e9cessairement comme elles.<\/span> Toujours en avant ou en arri\u00e8re de nous, elles rappellent le pass\u00e9 qui n&rsquo;est plus ou pr\u00e9viennent l&rsquo;avenir qui souvent ne doit point \u00eatre : il n&rsquo;y a rien l\u00e0 de solide \u00e0 quoi le coeur se puisse attacher. Aussi n&rsquo;a-t-on gu\u00e8re ici-bas que du plaisir qui passe ; pour le bonheur qui dure je doute qu&rsquo;il y soit connu. A peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant o\u00f9 le coeur puisse v\u00e9ritablement nous dire : Je voudrais que cet instant dur\u00e2t toujours ; et comment peut-on appeler bonheur un \u00e9tat fugitif qui nous laisse encore le coeur inquiet et vide, qui nous fait regretter quelque chose avant, ou d\u00e9sirer encore quelque chose apr\u00e8s ? <span style=\"color: #ff0000;\">Mais s&rsquo;il est un \u00e9tat o\u00f9 l&rsquo;\u00e2me trouve une assiette assez solide pour s&rsquo;y reposer tout enti\u00e8re et rassembler l\u00e0 tout son \u00eatre, sans avoir besoin de rappeler le pass\u00e9 ni d&rsquo;enjamber sur l&rsquo;avenir ; o\u00f9 le temps ne soit rien pour elle, o\u00f9 le pr\u00e9sent dure toujours sans n\u00e9anmoins marquer sa dur\u00e9e et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de d\u00e9sir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout enti\u00e8re ; tant que cet \u00e9tat dure celui qui s&rsquo;y trouve peut s&rsquo;appeler heureux, non d&rsquo;un bonheur imparfait, pauvre et relatif tel que celui qu&rsquo;on trouve dans les plaisirs de la vie, mais d&rsquo;un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l&rsquo;\u00e2me aucun vide qu&rsquo;elle sente le besoin de remplir. Tel est l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 je me suis trouv\u00e9 souvent \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Saint-Pierre dans mes r\u00eaveries solitaires, soit couch\u00e9 dans mon bateau que je laissais d\u00e9river au gr\u00e9 de l&rsquo;eau, soit assis sur les rives du lac agit\u00e9, soit ailleurs au bord d&rsquo;une belle rivi\u00e8re ou d&rsquo;un ruisseau murmurant sur le gravier.<\/span><\/h4>\n<h4>Cinqui\u00e8me Promenade des <em>R\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em>, 1776<\/h4>\n<p><span style=\"color: #ffffff;\">&#8211;<\/span><\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Toutes mes courses de botanique, les diverses impressions du local, des objets qui m&rsquo;ont frapp\u00e9, les id\u00e9es qu&rsquo;il m&rsquo;a fait na\u00eetre, les incidents qui s&rsquo;y sont m\u00eal\u00e9s, tout cela m&rsquo;a laiss\u00e9 des impressions qui se renouvellent par l&rsquo;aspect des plantes herboris\u00e9es dans ces m\u00eames lieux. Je ne reverrai plus ces beaux paysages, ces for\u00eats, ces lacs, ces bosquets, ces rochers, ces montagnes, dont l&rsquo;aspect a toujours touch\u00e9 mon coeur : mais maintenant que je ne peux plus courir ces heureuses contr\u00e9es je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 ouvrir mon herbier et bient\u00f4t il m&rsquo;y transporte. Les fragments des plantes que j&rsquo;y ai cueillies suffisent pour me rappeler tout ce magnifique spectacle. Cet herbier est pour moi un journal d&rsquo;herborisations qui me les fait recommencer avec un nouveau charme et produit l&rsquo;effet d&rsquo;un optique qui les peindrait derechef \u00e0 mes yeux. C&rsquo;est la cha\u00eene des id\u00e9es accessoires qui m&rsquo;attache \u00e0 la botanique. Elle rassemble et rappelle \u00e0 mon imagination toutes les id\u00e9es qui la flattent davantage. Les pr\u00e9s, les eaux, les bois, la solitude, la paix surtout et le repos qu&rsquo;on trouve au milieu de tout cela sont retrac\u00e9s par elle incessamment \u00e0 ma m\u00e9moire. Elle me fait oublier les pers\u00e9cutions des hommes, leur haine, leur m\u00e9pris, leurs outrages, et tous les maux dont ils ont pay\u00e9 mon tendre et sinc\u00e8re attachement pour eux. Elle me transporte dans des habitations paisibles au milieu de gens simples et bons tels que ceux avec qui j&rsquo;ai v\u00e9cu jadis. Elle me rappelle et mon jeune \u00e2ge et mes innocents plaisirs, elle m&rsquo;en fait jouir derechef, et me rend heureux bien souvent encore au milieu du plus triste sort qu&rsquo;ait subi jamais un mortel.<\/span><\/h4>\n<h4>Septi\u00e8me Promenade des <em>R\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em><\/h4>\n<p><span style=\"color: #ffffff;\">&#8211;<\/span><\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Le bonheur est un \u00e9tat permanent qui ne semble pas fait ici-bas pour l&rsquo;homme. Tout est sur la terre dans un flux continuel qui ne permet \u00e0 rien d&rsquo;y prendre une forme constante. Tout change autour de nous. Nous changeons nous-m\u00eames et nul ne peut s&rsquo;assurer qu&rsquo;il aimera demain ce qu&rsquo;il aime aujourd&rsquo;hui. Ainsi tous nos projets de f\u00e9licit\u00e9 pour cette vie sont des chim\u00e8res. Profitons du contentement d&rsquo;esprit quand il vient gardons-nous de l&rsquo;\u00e9loigner par notre faute mais ne faisons pas des projets pour l&rsquo;encha\u00eener, car ces projets-l\u00e0 sont de pures folies.<\/span> J&rsquo;ai peu vu d&rsquo;hommes heureux, peut-\u00eatre point, mais j&rsquo;ai souvent vu des c\u0153urs contents, et de tous les objets qui m&rsquo;ont frapp\u00e9 c&rsquo;est celui qui m&rsquo;a le plus content\u00e9 moi-m\u00eame. Je crois que c&rsquo;est une suite naturelle du pouvoir des sensations sur mes sentiments internes. Le bonheur n&rsquo;a point d&rsquo;enseigne ext\u00e9rieure ; pour le conna\u00eetre il faudrait lire dans le c\u0153ur de l&rsquo;homme heureux ; mais le contentement se lit dans les yeux, dans le maintien, dans l&rsquo;accent, dans la d\u00e9marche, et semble se communiquer \u00e0 celui qui l&rsquo;aper\u00e7oit. Est-il une jouissance plus douce que de voir un peuple entier se livrer \u00e0 la joie un jour de f\u00eate et tous les c\u0153urs s&rsquo;\u00e9panouir aux rayons expansifs du plaisir qui passe rapidement, mais vivement, \u00e0 travers les nuages de la vie ?<\/h4>\n<h4>Neuvi\u00e8me Promenade des <em>R\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em><\/h4>\n<p><span style=\"color: #ffffff;\">&#8211;<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propositions de textes pour les performances Sentier du promeneur solitaire Apr\u00e8s le souper, quand la soir\u00e9e \u00e9tait belle, nous allions encore tous ensemble faire quelque tour de promenade sur la terrasse pour y respirer l&rsquo;air du lac et la fra\u00eecheur. 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