{"id":115,"date":"2012-01-22T22:09:11","date_gmt":"2012-01-22T21:09:11","guid":{"rendered":"http:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=115"},"modified":"2012-01-24T01:09:35","modified_gmt":"2012-01-24T00:09:35","slug":"avenue-de-warens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=115","title":{"rendered":"Avenue de Warens"},"content":{"rendered":"<p><strong>Propositions de textes pour les performances <span style=\"text-decoration: underline;\">Avenue de Warens<\/span>.<\/strong><\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Cette chambre \u00e9tait sur le passage dont j\u2019ai parl\u00e9 o\u00f9 se fit n\u00f4tre premi\u00e8re entrevue, et au-del\u00e0 du ruisseau et des jardins on d\u00e9couvrait la campagne. Cet aspect n\u2019\u00e9tait pas pour le jeune habitant une chose indiff\u00e9rente. C\u2019\u00e9tait depuis Bossey la premi\u00e8re fois que j\u2019avais du vert devant mes fen\u00eatres. <\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\"><!--more-->Toujours masqu\u00e9 par des murs je n\u2019avais eu sous les yeux que des toits ou le gris des rues. Combien cette nouveaut\u00e9 me fut sensible et douce ! Elle augmenta beaucoup mes dispositions \u00e0 l\u2019attendrissement. Je faisais de ce charmant paysage encore un des bienfaits de ma ch\u00e8re patronne : il me semblait qu\u2019elle l\u2019avait mis l\u00e0 tout expr\u00e8s pour moi ; je m\u2019y pla\u00e7ais paisiblement aupr\u00e8s d\u2019elle; je la voyais partout entre les fleurs et la verdure ; ses charmes et ceux du printemps se confondaient \u00e0 mes yeux. Mon c\u0153ur jusqu\u2019alors comprim\u00e9 se trouvait plus au large dans cet espace, et mes soupirs s\u2019exhalaient plus librement parmi ces vergers.<\/span><\/h4>\n<h4><em>Les Confessions<\/em>, Livre troisi\u00e8me<\/h4>\n<p><span style=\"color: #ffffff;\">&#8211;<\/span><\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">J\u2019arrive enfin ; je la revois. Elle n\u2019\u00e9tait pas seule. Monsieur l\u2019intendant g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait chez elle au moment que j\u2019entrai. Sans me parler elle me prend la main et me pr\u00e9sente \u00e0 lui avec cette gr\u00e2ce qui lui ouvrait tous les c\u0153urs : le voil\u00e0, monsieur, ce pauvre jeune homme ; daignez le prot\u00e9ger aussi longtemps qu\u2019il le m\u00e9ritera, je ne suis plus en peine de lui pour le reste de sa vie. Puis m\u2019adressant la parole : Mon enfant, me dit-elle, vous appartenez au roi ; remerciez monsieur l\u2019intendant, qui vous donne du pain. J\u2019ouvrais de grands yeux sans rien dire, sans savoir trop qu\u2019imaginer : il s\u2019en fallut peu que l\u2019ambition naissante ne me tourn\u00e2t la t\u00eate, et que je ne fisse d\u00e9j\u00e0 le petit intendant.<\/span><em><\/em><\/h4>\n<h4><em>Les Confessions<\/em>, Livre troisi\u00e8me<\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ffffff;\">&#8211;<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Aujourd&rsquo;hui, jour de P\u00e2ques fleuries, il y a pr\u00e9cis\u00e9ment cinquante ans de ma premi\u00e8re connaissance avec madame de Warens. Elle avait vingt-huit ans alors, \u00e9tant n\u00e9e avec le si\u00e8cle. Je n&rsquo;en avais pas encore dix-sept et mon temp\u00e9rament naissant, mais que j&rsquo;ignorais encore, donnait une nouvelle chaleur \u00e0 un c\u0153ur naturellement plein de vie. S&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9tonnant qu&rsquo;elle con\u00e7\u00fbt de la bienveillance pour un jeune homme vif, mais doux et modeste d&rsquo;une figure assez agr\u00e9able, il l&rsquo;\u00e9tait encore moins qu&rsquo;une femme charmante pleine d&rsquo;esprit et de gr\u00e2ces, m&rsquo;inspir\u00e2t avec la reconnaissance des sentiments plus tendres que je n&rsquo;en distinguais pas. Mais ce qui est moins ordinaire est que ce premier moment d\u00e9cida de moi pour toute ma vie, et produisit par un encha\u00eenement in\u00e9vitable le destin du reste de mes jours.<\/span> Mon \u00e2me dont mes organes n&rsquo;avaient point d\u00e9velopp\u00e9 les plus pr\u00e9cieuses facult\u00e9s n&rsquo;avait encore aucune forme d\u00e9termin\u00e9e. Elle attendait dans une sorte d&rsquo;impatience le moment qui devait la lui donner, et ce moment acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par cette rencontre ne vint pourtant pas sit\u00f4t, et dans la simplicit\u00e9 de moeurs que l&rsquo;\u00e9ducation m&rsquo;avait donn\u00e9e je vis longtemps prolonger pour moi cet \u00e9tat d\u00e9licieux mais rapide o\u00f9 l&rsquo;amour et l&rsquo;innocence habitent le m\u00eame c\u0153ur. Elle m&rsquo;avait \u00e9loign\u00e9. Tout me rappelait \u00e0 elle, il y fallut revenir. Ce retour fixa ma destin\u00e9e, et longtemps encore avant de la poss\u00e9der je ne vivais plus qu&rsquo;en elle et pour elle. Ah ! si j&rsquo;avais suffi \u00e0 son\u00a0c\u0153ur comme elle suffisait au mien ! Quels paisibles et d\u00e9licieux jours nous eussions coul\u00e9s ensemble ! Nous en avons pass\u00e9 de tels, mais qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 courts et rapides, et quel destin les a suivis ! Il n&rsquo;y a pas de jour o\u00f9 je ne me rappelle avec joie et attendrissement cet unique et court temps de ma vie o\u00f9 je fus moi pleinement, sans m\u00e9lange et sans obstacle, et o\u00f9 je puis v\u00e9ritablement dire avoir v\u00e9cu. Je puis dire \u00e0 peu pr\u00e8s comme ce pr\u00e9fet du pr\u00e9toire qui disgraci\u00e9 sous Vespasien s&rsquo;en alla finir paisiblement ses jours \u00e0 la campagne : \u00ab J&rsquo;ai pass\u00e9 soixante et dix ans sur la terre, et j&rsquo;en ai v\u00e9cu sept. \u00bb Sans ce court mais pr\u00e9cieux espace je serais rest\u00e9 peut-\u00eatre incertain sur moi, car tout le reste de ma vie, faible et sans r\u00e9sistance, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tellement agit\u00e9, ballott\u00e9, tiraill\u00e9 par les passions d&rsquo;autrui, que presque passif dans une vie aussi orageuse j&rsquo;aurais peine \u00e0 d\u00e9m\u00ealer ce qu&rsquo;il y a du mien dans ma propre conduite, tant la dure n\u00e9cessit\u00e9 n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;appesantir sur moi. Mais durant ce petit nombre d&rsquo;ann\u00e9es, aim\u00e9 d&rsquo;une femme pleine de complaisance et de douceur, je fis ce que je voulais faire, je fus ce que je voulais \u00eatre, et par l&#8217;emploi que je fis de mes loisirs, aid\u00e9 de ses le\u00e7ons et de son exemple, je sus donner \u00e0 mon \u00e2me encore simple et neuve la forme qui lui convenait davantage et qu&rsquo;elle a gard\u00e9e toujours. Le go\u00fbt de la solitude et de la contemplation naquit dans mon\u00a0c\u0153ur avec les sentiments expansifs et tendres faits pour \u00eatre son aliment. Le tumulte et le bruit les resserrent et les \u00e9touffent, le calme et la paix les raniment et les exaltent. J&rsquo;ai besoin de me recueillir pour aimer. J&rsquo;engageai maman \u00e0 vivre \u00e0 la campagne. Une maison isol\u00e9e au penchant d&rsquo;un vallon fut notre asile, et c&rsquo;est l\u00e0 que dans l&rsquo;espace de quatre ou cinq ans j&rsquo;ai joui d&rsquo;un si\u00e8cle de vie et d&rsquo;un bonheur pur et plein qui couvre de son charme tout ce que mon sort pr\u00e9sent a d&rsquo;affreux. <span style=\"color: #ff0000;\">J&rsquo;avais besoin d&rsquo;une amie selon mon c\u0153ur, je la poss\u00e9dais. J&rsquo;avais d\u00e9sir\u00e9 la campagne, je l&rsquo;avais obtenue, je ne pouvais souffrir l&rsquo;assujettissement, j&rsquo;\u00e9tais parfaitement libre, et mieux que libre, car assujetti par mes seuls attachements, je ne faisais que ce que je voulais faire. Tout mon temps \u00e9tait rempli par des soins affectueux ou par des occupations champ\u00eatres. Je ne d\u00e9sirais rien que la continuation d&rsquo;un \u00e9tat si doux.<\/span> Ma seule peine \u00e9tait la crainte qu&rsquo;il ne dur\u00e2t pas longtemps, et cette crainte n\u00e9e de la g\u00eane de notre situation n&rsquo;\u00e9tait pas sans fondement. D\u00e8s lors je songeai \u00e0 me donner en m\u00eame temps des diversions sur cette inqui\u00e9tude et des ressources pour en pr\u00e9venir l&rsquo;effet. Je pensai qu&rsquo;une provision de talents \u00e9tait la plus s\u00fbre ressource contre la mis\u00e8re, et je r\u00e9solus d&#8217;employer mes loisirs \u00e0 me mettre en \u00e9tat, s&rsquo;il \u00e9tait possible, de rendre un jour \u00e0 la meilleure des femmes l&rsquo;assistance que j&rsquo;en avais re\u00e7ue.<\/h4>\n<h4><em>Les R\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em>, Livre XII<\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propositions de textes pour les performances Avenue de Warens. Cette chambre \u00e9tait sur le passage dont j\u2019ai parl\u00e9 o\u00f9 se fit n\u00f4tre premi\u00e8re entrevue, et au-del\u00e0 du ruisseau et des jardins on d\u00e9couvrait la campagne. Cet aspect n\u2019\u00e9tait pas pour le jeune habitant une chose indiff\u00e9rente. 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