{"id":135,"date":"2012-01-22T10:00:30","date_gmt":"2012-01-22T09:00:30","guid":{"rendered":"http:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=135"},"modified":"2012-03-04T19:29:28","modified_gmt":"2012-03-04T18:29:28","slug":"rond-point-jean-jacques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=135","title":{"rendered":"Rond-point Jean-Jacques"},"content":{"rendered":"<p><strong>Propositions de textes pour les performances <span style=\"text-decoration: underline;\">Rond-point Jean-Jacques<\/span><\/strong><\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Quoi ! ne faut-il donc aucun spectacle dans une r\u00e9publique? Au contraire, il en faut beaucoup. C&rsquo;est dans les r\u00e9publiques qu&rsquo;ils sont n\u00e9s, c&rsquo;est dans leur sein qu&rsquo;on les voit briller avec un v\u00e9ritable air de f\u00eate. <\/p>\n<p><!--more--><\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">\u00c0 quels peuples convient-il mieux de s&rsquo;assembler souvent <\/span><span style=\"color: #ff0000;\"> et de former entre eux les doux liens du plaisir et de la joie, qu&rsquo;\u00e0 ceux qui ont tant de raison de s&rsquo;aimer et de rester \u00e0 jamais unis ? <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 plusieurs de ces f\u00eates publiques; ayons-en davantage encore, je n&rsquo;en serai que plus charm\u00e9. Mais n&rsquo;adoptons point <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">ces spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur; qui les tiennent craintifs et immobiles dans le silence et l&rsquo;inaction; qui n&rsquo;offrent aux yeux que cloisons, que pointes de fer, que soldats, qu&rsquo;affligeantes images de la <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">servitude et de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9. Non, peuples heureux, ce ne sont pas l\u00e0 vos f\u00eates. C&rsquo;est en plein air, c&rsquo;est sous le ciel qu&rsquo;il faut vous ras<\/span><span style=\"color: #ff0000;\">sembler et vous livrer au doux sentiment de votre bonheur.<\/span> Que vos plaisirs ne soient eff\u00e9min\u00e9s ni mercenaires, que rien de ce qui sent la contrainte et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat ne les empoisonne, qu&rsquo;ils soient libres et g\u00e9n\u00e9reux comme vous, que le soleil \u00e9claire vos innocents spectacles ; vous en formerez un vous-m\u00eame, le plus digne qu&rsquo;il puisse \u00e9clairer.<span style=\"color: #ff0000;\"> Mais quels seront enfin les objets de ces spectacles? qu&rsquo;y montrera-t-on? Rien, si l&rsquo;on veut. Avec la libert\u00e9, partout o\u00f9 r\u00e8gne <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">l&rsquo;affluence, le bien-\u00eatre y r\u00e8gne aussi. Plantez au milieu d&rsquo;une place un piquet couroim\u00e9 de fleurs, rassemblez-y le peuple, et vous aurez une f\u00eate. Faites mieux encore : donnez les spectateurs en spectacle; rendez-les acteurs eux-m\u00eames; faites que chacun se voie et s&rsquo;aime <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">dans les autres, afin que, tous en soient mieux unis.<\/span><em><\/em><\/h4>\n<h4><em>Lettre \u00e0 M. d&rsquo;Alembert<\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">S&rsquo;il ne fallait qu&rsquo;\u00e9couter les penchants et suivre les indications, cela serait bient\u00f4t fait : mais il y a tant de contradictions entre les droits de la nature et nos lois sociales, que pour les concilier il faut gauchir et tergiverser sans cesse : il faut employer beaucoup d&rsquo;art pour emp\u00eacher l&rsquo;homme social d&rsquo;\u00eatre tout \u00e0 fait artificiel.<\/span><em><\/em><\/h4>\n<h4><em>\u00c9mile<\/em>, Livre IV<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">\u00c0 tout Fran\u00e7ais aimant encore la justice et la v\u00e9rit\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"> FRAN\u00c7AIS ! Nation jadis aimable et douce, qu\u2019\u00eates- vous devenus ? Que vous \u00eates chang\u00e9s pour un \u00e9tranger infortun\u00e9, seul, \u00e0 votre merci, sans appui, sans d\u00e9fenseur, mais qui n\u2019en aurait pas besoin chez un peuple juste ; pour un homme sans fard et sans fiel, ennemi de l\u2019injustice, mais patient \u00e0 l\u2019endurer, qui jamais n\u2019a fait, ni voulu, ni rendu de mal \u00e0 personne, et qui depuis quinze ans plong\u00e9, train\u00e9 par vous dans la fange de l\u2019opprobre et de la diffamation, se voit, se sent charger \u00e0 l\u2019envi d\u2019indignit\u00e9s inou\u00efes jusqu\u2019ici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause ! C\u2019est donc l\u00e0 votre franchise, votre douceur, votre hospitalit\u00e9 ? Quittez ce vieux nom de Francs; il doit trop vous faire rougir. Le pers\u00e9cuteur de Job aurait pu beaucoup apprendre de ceux qui vous guident, dans l\u2019art de rendre un mortel malheureux. Il vous ont persuad\u00e9, je n\u2019en doute pas, ils vous ont prouv\u00e9 m\u00eame, comme cela est toujours facile en se cachant de l\u2019accus\u00e9, que je m\u00e9ritais ces traitements indignes, pires cent fois que la mort. En ce cas, je dois me r\u00e9signer ; car je n\u2019attends ni ne veux d\u2019eux ni de vous aucune gr\u00e2ce; mais ce que je veux et qui m\u2019est d\u00fb tout au moins, apr\u00e8s une condamnation si cruelle et si infamante, c\u2019est qu\u2019on m\u2019apprenne enfin quels sont mes crimes, et comment et par qui j\u2019ai \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 !<\/span><br \/>\nPourquoi faut-il qu\u2019un scandale aussi public soit pour moi seul un myst\u00e8re imp\u00e9n\u00e9trable ? A quoi bon tant de machines, de ruses, de trahisons, de mensonges pour cacher au coupable ses crimes qu\u2019il doit savoir mieux que personne s\u2019il est vrai qu\u2019il les ait commis ? Que si, pour des raisons qui me passent, persistant \u00e0 m\u2019\u00f4ter un droit * dont on n\u2019a priv\u00e9 jamais aucun criminel, vous avez r\u00e9solu d\u2019abreuver le reste de mes tristes jours d\u2019angoisses, de d\u00e9rision, d\u2019opprobres, sans vouloir que je sache pourquoi, sans daigner \u00e9couter mes griefs, mes raisons, mes plaintes, sans me permettre m\u00eame de parler **, j\u2019\u00e9l\u00e8verai au Ciel pour toute d\u00e9fense un c\u0153ur sans fraude et des mains pures de tout mal, lui demandant, non peuple cruel, qu\u2019il me venge et vous punisse (Ah qu\u2019il \u00e9loigne de vous tout malheur et toute erreur !) mais qu\u2019il ouvre bient\u00f4t \u00e0 ma vieillesse un meilleur asile o\u00f9 vos outrages ne m\u2019atteignent plus.<br \/>\nJJR.<\/h4>\n<h4>P.S. Fran\u00e7ois, on vous rient dans un d\u00e9lire qui ne cessera pas de mon vivant. Mais quand je n\u2019y serai plus, que l\u2019acc\u00e8s sera pass\u00e9, et que votre animosit\u00e9, cessant d\u2019\u00eatre attis\u00e9e, laissera l\u2019\u00e9quit\u00e9 naturelle parler \u00e0 vos coeurs, vous regarderez mieux, je l\u2019esp\u00e8re, \u00e0 tous les faits, dits, \u00e9crits que l\u2019on m\u2019attribue en se cachant de moi tr\u00e8s soigneusement, \u00e0 tout ce qu\u2019on vous fait croire de mon caract\u00e8re, \u00e0 tout ce qu\u2019on vous fait faire par bont\u00e9 pour moi. Vous serez alors bien surpris ! et, moins content de vous que vous ne l\u2019\u00eates, vous trouverez, j\u2019ose vous le pr\u00e9dire la lecture de ce billet plus int\u00e9ressante qu\u2019elle ne peut vous para\u00eetre aujourd\u2019hui. Quand enfin ces Messieurs, couronnant toutes leurs bont\u00e9s, auront publi\u00e9 la vie de l\u2019infortun\u00e9 qu\u2019ils auront fait mourir de douleur, cette vie impartiale et fid\u00e8le qu\u2019ils pr\u00e9parent depuis longtemps avec tant de secret et de soin, avant que d\u2019ajouter foi \u00e0 leur dire et \u00e0 leurs preuves, vous rechercherez, je m\u2019assure, la source de tant de z\u00e8le, le motif de tant de peine, la conduite surtout qu\u2019ils eurent envers moi de mon vivant. Ces recherches bien faites, je consens, je le d\u00e9clare, puisque vous voulez me juger sans m\u2019entendre, que vous jugiez entre eux et moi sur leur propre production.<\/h4>\n<h4>* Quel homme de bon sens croira jamais qu\u2019une aussi criante violation de la loi naturelle et du droit des gens puisse avoir pour principe une vertu ? S\u2019il est permis de d\u00e9pouiller un mortel de son \u00e9tat d\u2019homme, ce ne peut \u00eatre qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir jug\u00e9, mais non pas pour le juger. Je vois beaucoup d\u2019ardents ex\u00e9cuteurs, mais je n\u2019ai point aper\u00e7u de juge. Si tels sont les pr\u00e9ceptes d\u2019\u00e9quit\u00e9 de la philosophie moderne, malheur sous ses auspices au faible innocent et simple ; honneur et gloire aux intrigants cruels et rus\u00e9s.<\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">** De bonnes raisons doivent toujours \u00eatre \u00e9cout\u00e9es sur tout de la part d\u2019un accus\u00e9 qui se d\u00e9fend ou d\u2019un opprim\u00e9 qui se plaint ; et si je n\u2019ai rien de solide \u00e0 dire, que ne me laisse-t-on parler en libert\u00e9 ! C\u2019est le plus sur moyen de d\u00e9crier tout \u00e0 fait ma cause et de justifier pleinement mes accusateurs. Mais tant qu\u2019on m\u2019emp\u00eachera de parler ou qu\u2019on refusera de m\u2019entendre, qui pourra jamais sans t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 prononcer que je n\u2019avais rien \u00e0 dire ?<\/span><\/h4>\n<h4>Copie du billet circulaire dont il est parl\u00e9 dans l\u2019\u00e9crit pr\u00e9c\u00e9dent.<em> Rousseau juge de Jean-Jacques, Dialogues<\/em><\/h4>\n<p><strong>Note : En avril 1776 (il a 64 ans, deux ans avant sa mort), Jean-Jacques Rousseau, apr\u00e8s avoir \u00e9chou\u00e9 \u00e0 d\u00e9poser le manuscrit de <em>Rousseau Juge de Jean-Jacques, Dialogues<\/em> sur le grand autel de Notre-Dame, tente de surmonter l&rsquo;indiff\u00e9rence du public et de briser l&rsquo;encerclement hostile o\u00f9 il se voit en distribuant dans les rues un billet, recopi\u00e9 par lui-m\u00eame en plusieurs exemplaires, \u00ab\u00a0aux inconnus dont la physionomie [lui] plairait le plus\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>La r\u00eaverie, quelque douce qu\u2019elle soit, \u00e9puise et fatigue \u00e0 la longue, elle a besoin de d\u00e9lassement. On le trouve en laissant reposer sa t\u00eate et livrant uniquement ses sens \u00e0 l\u2019impression des objets ext\u00e9rieurs. Le plus indiff\u00e9rent spectacle a sa douceur par le rel\u00e2che qu\u2019il nous procure, et, pour peu que l\u2019impression ne soit pas tout-\u00e0-fait nulle, le mouvement l\u00e9ger dont elle nous agite suffit pour nous pr\u00e9server d\u2019un engourdissement l\u00e9thargique, et nourrir en nous le plaisir d\u2019exister, sans donner de l\u2019exercice \u00e0 nos facult\u00e9s. <span style=\"color: #ff0000;\">Le contemplatif J. J., en tout autre temps si peu attentif aux objets qui l\u2019entourent, a souvent grand besoin de ce repos, et le go\u00fbte alors avec une sensualit\u00e9 d\u2019enfant dont nos sages ne se doutent gu\u00e8re. Il n\u2019aper\u00e7oit rien, sinon quelque mouvement \u00e0 son oreille ou devant ses yeux, mais c\u2019en est assez pour lui. Non seulement une parade de foire, une revue, un exercice, une procession, l\u2019amusent; mais la grue, le cabestan, le mouton, le jeu d\u2019une machine quelconque, un bateau qui passe, un moulin qui tourne, un bouvier qui laboure, des joueurs de boule ou de battoir, la rivi\u00e8re qui court, l\u2019oiseau qui vole, attachent ses regards. Il s\u2019arr\u00eate m\u00eame \u00e0 des spectacles sans mouvement, pour peu que la vari\u00e9t\u00e9 y suppl\u00e9e. Des colifichets en \u00e9talage, des bouquins ouverts sur les quais, et dont il ne lit que les titres, des images contre les murs, qu\u2019il parcourt d\u2019un \u0153il stupide, tout cela l\u2019arr\u00eate et l\u2019amuse quand son imagination fatigu\u00e9e a besoin de repos.<\/span> Mais nos modernes sages, qui le suivent et l\u2019\u00e9pient dans tout ce badaudage, en tirent des cons\u00e9quences \u00e0 leur mode sur les motifs de son attention et toujours dans l\u2019aimable caract\u00e8re dont ils l\u2019ont obligeamment gratifi\u00e9. Je le vis un jour assez longtemps arr\u00eat\u00e9 devant une gravure. De jeunes gens inquiets de savoir ce qui l\u2019occupait si fort, mais assez polis, contre l\u2019ordinaire, pour ne pas s\u2019aller interposer entre l\u2019objet et lui, attendirent avec une risible impatience. Sit\u00f4t qu\u2019il partit, ils coururent \u00e0 la gravure, et trouv\u00e8rent que c\u2019\u00e9tait le plan des attaques du fort de Kehl. Je les vis ensuite longtemps et vivement occup\u00e9s d\u2019un entretien fort anim\u00e9, dans lequel je compris qu\u2019ils fatiguaient leur Minerve \u00e0 chercher quel crime on pouvait m\u00e9diter en regardant le plan des attaques du fort de Kehl.<br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">Voil\u00e0, monsieur, une grande d\u00e9couverte, et dont je me suis beaucoup f\u00e9licit\u00e9, car je la regarde comme la clef des autres singularit\u00e9s de cet homme. De cette pente aux douces r\u00eaveries j\u2019ai vu d\u00e9river tous les go\u00fbts, tous les penchants, toutes les habitudes de J. J., ses vices m\u00eame, et les vertus qu\u2019il peut avoir. Il n\u2019a gu\u00e8re assez de suite dans ses id\u00e9es pour former de vrais projets; mais, enflamm\u00e9 par la longue contemplation d\u2019un objet, il fait parfois dans sa chambre de fortes et promptes r\u00e9solutions, qu\u2019il oublie ou qu\u2019il abandonne avant d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 dans la rue. Toute la vigueur de sa volont\u00e9 s\u2019\u00e9puise \u00e0 r\u00e9soudre\u00a0; il n\u2019en a plus pour ex\u00e9cuter. Tout suit en lui d\u2019une premi\u00e8re incons\u00e9quence. La m\u00eame opposition qu\u2019offrent les \u00e9l\u00e9ments de sa constitution se retrouve dans ses inclinations, dans ses m\u0153urs, et dans sa conduite. Il est actif, ardent, laborieux, infatigable; il est indolent, paresseux, sans vigueur; il est fier, audacieux, t\u00e9m\u00e9raire; il est craintif, timide, embarrass\u00e9; il est froid, d\u00e9daigneux, rebutant jusqu\u2019\u00e0 la duret\u00e9; il est doux, caressant, facile jusqu\u2019\u00e0 la faiblesse, et ne sait pas se d\u00e9fendre de faire ou souffrir ce qui lui pla\u00eet le moins. En un mot, il passe d\u2019une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre avec une incroyable rapidit\u00e9, sans m\u00eame remarquer ce passage, ni se souvenir de ce qu\u2019il \u00e9tait l\u2019instant auparavant; et, pour rapporter ces effets divers \u00e0 leurs causes primitives, il est l\u00e2che et mou tant que la seule raison l\u2019excite, il devient tout de feu sit\u00f4t qu\u2019il est anim\u00e9 par quelque passion.<\/span><\/h4>\n<h4><em>Rousseau juge de Jean-Jacques, Dialogues<\/em>. Deuxi\u00e8me dialogue<\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ffffff;\">&#8211;<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Cette animosit\u00e9, plus vive, plus agissante que la simple aversion, me para\u00eet, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de J. J., la disposition g\u00e9n\u00e9rale de toute la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente. L\u2019air seul dont il est regard\u00e9 passant dans les rues montre \u00e9videmment cette disposition qui se g\u00eane et se contraint quelquefois dans ceux qui le rencontrent, mais qui perce et se laisse apercevoir malgr\u00e9 eux. A l\u2019empressement grossier et badaud de s\u2019arr\u00eater, de se retourner, de le fixer, de le suivre, au chuchotement ricaneur qui dirige sur lui le concours de leurs impudents regards, on les prendrait moins pour d\u2019honn\u00eates gens qui ont le malheur de rencontrer un monstre effrayant, que pour des tas de bandits, tout joyeux de tenir leur proie, et qui se font un amusement digne d\u2019eux, d\u2019insulter \u00e0 son malheur.<\/span> Voyez-le entrant au spectacle, entour\u00e9 \u00e0 l\u2019instant d\u2019une \u00e9troite enceinte de bras tendus et de cannes, dans laquelle vous pouvez penser comme il est \u00e0 son aise\u00a0! A quoi sert cette barri\u00e8re ? S\u2019il veut la forcer, r\u00e9sistera t-elle\u00a0? Non, sans doute. A quoi sert-elle donc\u00a0? Uniquement \u00e0 se donner l\u2019amusement de le voir enferm\u00e9 dans cette cage, et \u00e0 lui bien faire sentir que tous ceux qui l\u2019entourent se font un plaisir d\u2019\u00eatre, \u00e0 son \u00e9gard, autant d\u2019argousins et d\u2019archers. Est-ce aussi par bont\u00e9 qu\u2019on ne manque pas de cracher sur lui toutes les fois qu\u2019il passe \u00e0 port\u00e9e, et qu\u2019on le peut sans \u00eatre aper\u00e7u de lui\u00a0? Envoyer le vin d\u2019honneur au m\u00eame homme sur qui l\u2019on crache, c\u2019est rendre l\u2019honneur encore plus cruel que l\u2019outrage. <span style=\"color: #ff0000;\">Tous les signes de haine, de m\u00e9pris, de fureur m\u00eame, qu\u2019on peut tacitement donner \u00e0 un homme, sans y joindre une insulte ouverte et directe, lui sont prodigu\u00e9s de toutes parts, et tout en l\u2019accablant des plus fades compliments , en affectant pour lui les petits soins mielleux qu\u2019on rend aux jolies femmes, s\u2019il avait besoin d\u2019une assistance r\u00e9elle, on le verrait p\u00e9rir avec joie, sans lui donner le moindre secours. Je l\u2019ai vu, dans la rue Saint-Honor\u00e9, faire presque sous un carrosse une chute tr\u00e8s p\u00e9rilleuse; on court \u00e0 lui, mais sit\u00f4t qu\u2019on reconna\u00eet J. J., tout se disperse, les passants reprennent leur chemin , les marchands rentrent dans leurs boutiques, et il serait rest\u00e9 seul dans cet \u00e9tat, si un pauvre mercier, rustre et mal instruit, ne l\u2019e\u00fbt fait asseoir sur son petit banc, et si une servante, tout aussi peu philosophe, ne lui e\u00fbt apport\u00e9 un verre d\u2019eau. Tel est en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat si vif et si tendre dont l\u2019heureux J. J. est objet. \u2028<\/span><\/h4>\n<h4><em>Rousseau juge de Jean-Jacques, Dialogues<\/em>. Deuxi\u00e8me dialogue<\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propositions de textes pour les performances Rond-point Jean-Jacques Quoi ! ne faut-il donc aucun spectacle dans une r\u00e9publique? Au contraire, il en faut beaucoup. 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