{"id":139,"date":"2012-01-22T22:33:44","date_gmt":"2012-01-22T21:33:44","guid":{"rendered":"http:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=139"},"modified":"2012-01-24T01:08:04","modified_gmt":"2012-01-24T00:08:04","slug":"rue-dermenonville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/circonstances.net\/Rr\/?p=139","title":{"rendered":"Rue d\u2019Ermenonville"},"content":{"rendered":"<p><strong>Propositions de textes pour les performances <span style=\"text-decoration: underline;\">Rue d\u2019Ermenonville<\/span> :<\/strong><\/p>\n<h4><\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Pour bien remplir le titre de ce recueil je l\u2019aurais du commencer il y a soixante ans : car ma vie enti\u00e8re n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 qu\u2019une longue r\u00eaverie divis\u00e9e en chapitres par mes promenades de chaque jour. Je le commence aujourd&rsquo;hui quoique tard parce qu\u2019il ne me reste plus rien de mieux \u00e0 faire en ce monde. <\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\"><!--more-->Je sens d\u00e9j\u00e0 mon imagination se glacer, toutes mes facult\u00e9s s\u2019affaiblir. Je m\u2019attends \u00e0 voir mes r\u00eaveries devenir plus froides de jour en jour jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019ennui de les \u00e9crire m\u2019en \u00f4te le courage ; ainsi mon livre, si je le continue, doit naturellement finir quand j\u2019approcherai de la fin de ma vie.<\/span><\/h4>\n<h4><\/h4>\n<h4><em>\u00c9bauches des R\u00eaveries<\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Me voici donc seul sur la terre, n&rsquo;ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d&rsquo;ami, de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit. Par un accord unanime ils ont cherch\u00e9 dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait \u00eatre le plus cruel \u00e0 mon \u00e2me sensible, et ils ont bris\u00e9 violemment tous les liens qui m&rsquo;attachaient \u00e0 eux. J&rsquo;aurais aim\u00e9 les hommes en d\u00e9pit d&rsquo;eux-m\u00eames. Ils n&rsquo;ont pu qu&rsquo;en cessant de l&rsquo;\u00eatre se d\u00e9rober \u00e0 mon affection. Les voil\u00e0 donc \u00e9trangers, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu&rsquo;ils l&rsquo;ont voulu. Mais moi, d\u00e9tach\u00e9 d&rsquo;eux et de tout, que suis-je moi-m\u00eame ? Voil\u00e0 ce qui me reste \u00e0 chercher. Malheureusement cette recherche doit \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un coup d&rsquo;\u0153il sur ma position. C&rsquo;est une id\u00e9e par laquelle il faut n\u00e9cessairement que je passe pour arriver d&rsquo;eux \u00e0 moi.<\/span> [\u2026]<\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Tout ce qui m&rsquo;est ext\u00e9rieur m&rsquo;est \u00e9tranger d\u00e9sormais. Je n&rsquo;ai plus en ce monde ni prochain, ni semblables, ni fr\u00e8res. Je suis sur la terre comme dans une plan\u00e8te \u00e9trang\u00e8re o\u00f9 je serais tomb\u00e9 de celle que j&rsquo;habitais. Si je reconnais autour de moi quelque chose, ce ne sont que des objets affligeants et d\u00e9chirants pour mon c\u0153ur, et je ne peux jeter les yeux sur ce qui me touche et m&rsquo;entoure sans y trouver toujours quelque sujet de d\u00e9dain qui m&rsquo;indigne, ou de douleur qui m&rsquo;afflige \u00c9cartons donc de mon esprit tous les p\u00e9nibles objets dont je m&rsquo;occuperais aussi douloureusement qu&rsquo;inutilement. Seul pour le reste de ma vie, puisque je ne trouve qu&rsquo;en moi la consolation, l&rsquo;esp\u00e9rance et la paix, je ne dois ni ne veux plus m&rsquo;occuper que de moi.<\/span> C&rsquo;est dans cet \u00e9tat que je reprends la suite de l&rsquo;examen s\u00e9v\u00e8re et sinc\u00e8re que j&rsquo;appelai jadis mes Confessions. Je consacre mes derniers jours \u00e0 m&rsquo;\u00e9tudier moi-m\u00eame et \u00e0 pr\u00e9parer d&rsquo;avance le compte que je ne tarderai pas \u00e0 rendre de moi. Livrons-nous tout entier \u00e0 la douceur de converser avec mon \u00e2me puisqu&rsquo;elle est la seule que les hommes ne puissent m&rsquo;\u00f4ter. Si \u00e0 force de r\u00e9fl\u00e9chir sur mes dispositions int\u00e9rieures je parviens \u00e0 les mettre en meilleur ordre et \u00e0 corriger le mal qui peut y rester, mes m\u00e9ditations ne seront pas enti\u00e8rement inutiles, et quoique je ne sois plus bon \u00e0 rien sur la terre je n&rsquo;aurai pas tout \u00e0 fait perdu mes derniers jours. Les loisirs de mes promenades journali\u00e8res ont souvent \u00e9t\u00e9 remplis de contemplations charmantes dont j&rsquo;ai regret d&rsquo;avoir perdu le souvenir. Je fixerai par l&rsquo;\u00e9criture celles qui pourront me venir encore ; chaque fois que je les relirai m&rsquo;en rendra la jouissance. J&rsquo;oublierai mes malheurs, mes pers\u00e9cuteurs, mes opprobres, en songeant au prix qu&rsquo;avait m\u00e9rit\u00e9 mon coeur. Ces feuilles ne seront proprement qu&rsquo;un informe journal de mes r\u00eaveries. Il y sera beaucoup question de moi, parce qu&rsquo;un solitaire qui r\u00e9fl\u00e9chit s&rsquo;occupe n\u00e9cessairement beaucoup de lui-m\u00eame. Du reste toutes les id\u00e9es \u00e9trang\u00e8res qui me passent par la t\u00eate en me promenant y trouveront \u00e9galement leur place. Je dirai ce que j&rsquo;ai pens\u00e9 tout comme il m&rsquo;est venu et avec aussi peu de liaison que les id\u00e9es de la veille en ont d&rsquo;ordinaire avec celles du lendemain. Mais il en r\u00e9sultera toujours une nouvelle connaissance de mon naturel et de mon humeur par celle des sentiments et des pens\u00e9es dont mon esprit fait sa p\u00e2ture journali\u00e8re dans l&rsquo;\u00e9trange \u00e9tat o\u00f9 je suis. Ces feuilles peuvent donc \u00eatre regard\u00e9es comme un appendice de mes Confessions, mais je ne leur en donne plus le titre, ne sentant plus rien \u00e0 dire qui puisse le m\u00e9riter. Mon coeur s&rsquo;est purifi\u00e9 \u00e0 la coupelle de l&rsquo;adversit\u00e9, et j&rsquo;y trouve \u00e0 peine en le sondant avec soin quelque reste de penchant r\u00e9pr\u00e9hensible. Qu&rsquo;aurais-je encore \u00e0 confesser quand toutes les affections terrestres en sont arrach\u00e9es ? Je n&rsquo;ai pas plus \u00e0 me louer qu&rsquo;\u00e0 me bl\u00e2mer : je suis nul d\u00e9sormais parmi les hommes, et c&rsquo;est tout ce que je puis \u00eatre, n&rsquo;ayant plus avec eux de relation r\u00e9elle, de v\u00e9ritable soci\u00e9t\u00e9. <span style=\"color: #ff0000;\">Ne pouvant plus faire aucun bien qui ne tourne \u00e0 mal, ne pouvant plus agir sans nuire \u00e0 autrui ou \u00e0 moi-m\u00eame m&rsquo;abstenir est devenu mon unique devoir, et je le remplis autant qu&rsquo;il est en moi Mais dans ce d\u00e9s\u0153uvrement du corps mon \u00e2me est encore active, elle produit encore des sentiments, des pens\u00e9es, et sa vie interne et morale semble encore s&rsquo;\u00eatre accrue par la mort de tout int\u00e9r\u00eat terrestre et temporel. Mon corps n&rsquo;est plus pour moi qu&rsquo;un embarras, qu&rsquo;un obstacle, et je m&rsquo;en d\u00e9gage d&rsquo;avance autant que je puis.<\/span><\/h4>\n<h4>Premi\u00e8re Promenade, <em>Les R\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propositions de textes pour les performances Rue d\u2019Ermenonville : Pour bien remplir le titre de ce recueil je l\u2019aurais du commencer il y a soixante ans : car ma vie enti\u00e8re n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 qu\u2019une longue r\u00eaverie divis\u00e9e en chapitres par mes promenades de chaque jour. 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