1743, septembre. Consulat de France


Je vis Milan, Verone, Bresse, Padoue, et j’arrivai enfin à Venise impatiemment attendu par M. l’Ambassadeur. Je trouvai des tas de Dépêches tant de la Cour que des autres Ambassadeurs, dont il n’avoit pu lire ce qui étoit chiffré, quoiqu’il eut tous les chiffres necessaires pour cela. N’ayant jamais travaillé dans aucun Bureau ni vu de ma vie un chiffre de Ministre, je craignis d’abord d’être embarrassé, mais je trouvai que rien n’étoit plus simple et en moins de huit jours j’eus déchiffré le tout qui assurément n’en valoit pas la peine car outre que l’Ambassade de Venise est toujours assez oisive, ce n’étoit pas à un pareil homme qu’on eut voulu confier la moindre négociation. Il s’étoit trouvé dans un grand embarras jusqu’à mon arrivée ne sachant ni dicter, ni ecrire lisiblement. Je lui étois très utile, il le sentoit et me traita bien.

Venise, septembre 1743 — Venise, 5 juillet 1997. Les Confessions, Livre septième